L'actualité nous offre parfois des chevauchements qui font sens, comme cette semaine qui vit l'exécution de Troy Davis aux Etats-Unis et le retrait de Robert Badinter de la vie politique française, suite au renouvellement du Sénat qui intervient aujourd'hui.
J'ai beaucoup lu que ce qui choquait concernant Troy Davis était qu'il y avait des doutes importants sur sa culpabilité, ou bien qu'il s'agissait d'un contexte racial propre aux Etats-Unis, ou bien encore que passer 20 ans dans le couloir de la mort est en soit le châtiment le plus inhumain qui soit. Tout cela est vrai, mais au-delà, c'est le châtiment lui-même, pour les coupables et les innocents, les Noirs et les Blancs, ceux qui ne l'attendent pas longtemps et ceux qui vivent la moitié de leur vie avec, qu'il convient de dénoncer avec force. Si l'abolitionnisme progresse, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir - sans même parler des Etats qui pratiquent la peine de mort pour des motifs qui ne sont pas pénalisés chez nous, ou des parlementaires français déposent encore des propositions de loi pour rétablir la peine de mort. L'abolition n'est pas seulement un combat à mener à l'étranger, mais une lutte permanente pour rappeler le sens de la supériorité de l'Etat de droit que construit la vie en société démocratique, contre une régulation sauvage des rapports sociaux.
Je suis né dans un pays qui venait d'abolir la peine de mort. Je souhaite mourir dans un monde où, au minimum, la démocratie et l'Etat de droit aillent toujours de pair avec l'abolition de la peine de mort. Le combat sera long (je compte vivre vieux !), mais nous devons poursuivre une mobilisation de tous les instants, sur la scène internationale comme au sein de notre société, pour faire progresser cette idée, qui donne toute sa valeur humaine à nos idéaux politiques et sociaux.
Commentaires